Canal Théâtre
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Présentation Générale

Le Canal Théâtre du Pays de Redon est une Scène conventionnée d'intérêt national art et création pour le théâtre qui assure quatre missions essentielles:

- la diffusion d'une programmation professionnelle et éclectique des arts de la scène avec une priorité pour le théâtre,

- le soutien à la création professionnelle,

- le soutien à la pratique amateur avec son studio,

- le renforcement de la médiation et l'utilisation d'outils de développement des publics en direction de tous les habitants.

 

Lieu de culture et de découverte, le théâtre est aussi un lieu de rencontres entre les habitants et les artistes, et entre les habitants eux mêmes.

L'équipe

Frédérique BERTINEAU
• Direction

Alice HAUGOMAT
• Secrétariat général

Stéphanie BLANCHARD-THÉOU
• Administration • Comptabilité

Isabelle JOUVANTE
• Accueil artistes • Communication

Tifenn GUILLONNET
• Billetterie • Communication

 Guillaume GRÉBAUT
• Direction technique • Régie son

José FERNANDEZ
• Régie générale et lumière

David GUILLAUME
• Régie plateau • Diffusion de l'information

 Gaëlle HUCHET
• Professeure conseillère-relais

 

ainsi que les techniciens intermittents sans lesquels le théâtre ne peut fonctionner.

 

Vous êtes accueillis en billetterie par Tifenn, Stéphanie et Isabelle.

Les Amis du Canal

L'association Les Amis du Canal regroupe les abonnés du Canal-Théâtre du Pays de Redon. Elle accompagne la programmation réalisée par l'équipe professionnelle, soutient la diffusion des spectacles, anime le lieu et participe à l'accueil des résidences.

La gestion du bar du théâtre est une action phare de l'association : les spectateurs peuvent échanger autour d'un verre et rencontrer les artistes après les spectacles.

Les Amis du Canal ont choisi de réinvestir les bénéfices issus de la gestion du bar dans l'action Théâtre pour tous, en partenariat avec des associations caritatives (Les Restos du cœur, La Croix Rouge, Avessac sans frontières, Le Secours Populaire et L'APASE).

Les bénéficiaires peuvent ainsi profiter d'une place de spectacle pour un reste à charge de seulement 2 € : une manière de rendre la culture accessible à tous. Depuis sa mise en œuvre en 2016, ce dispositif a touché plus de 200 personnes.

Lorsque vous venez au bar du Canal avant ou après les spectacles, vous alliez donc convivialité et solidarité !

Les produits proposés au bar sont issus du circuit court et de productions locales. Les consommations peuvent être réglées en Gallécos (monnaie locale du Département d'Ille-et-Vilaine).

Par ailleurs, des bénévoles participent à l'accueil du public lors des spectacles, des cuisinières sont présentes lors des résidences d'artistes et des correspondants dans les communes vous apportent des informations sur une rencontre d'artistes, pour organiser un covoiturage...

Un grand merci à tous pour leur implication et leur bonne humeur tout au long de la saison !

Le conseil d'administration des Amis du Canal, élu alors de l'assemblée générale annuelle, est constitué de représentants des abonnés et de six élus de Redon Agglomération.

 

LES MEMBRES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION

 
Président Jo Berthe


Membres Vincent Berthelot, Edwige Lourmière, Cyril Kermarec, Mireille Lamarque, Françoise Oustiakine, Nadège Piron, Michel Poirier, Jacques Quinton, Sandrine Le Yaouanq, Pierre-Vincent Meunier, Pierre Tiger, Annie Troubadour


Élus représentants de Redon Agglomération Philippe Jégou, Géraldine Denigot

Nos partenaires institutionnels

LOGOS INSTITUTIONNELS

Nos autres partenaires

LOGOS PARTENAIRES

Pourquoi un poulpe ?

Épisode 1

- Pourquoi un poulpe ?
- Parce que ses émotions se lisent sur sa peau.
- Les émotions du poulpe ? Ça existe ?
- Parfaitement. Il peut ressentir de la colère, de la tendresse, de l’affection.
- Et il rougit quand il est ému ?
- Non, il rougit plutôt quand il est en colère. Ému, ou amoureux, il blanchit.
- Une couleur par sentiment, alors ?
- Non, c’est plus compliqué. Comme nous, le poulpe est souvent traversé de sentiments contradictoires. Tu sais qu’il possède un cerveau par tentacule ? Parfois les tentacules ne sont pas d’accord entre eux. L’un s’ennuie, et veut sortir du théâtre, tandis que l’autre s’accroche à son siège. Dans ces cas-là, le poulpe n’a pas une couleur unique, il est parcouru par des mouvements sur tout son corps, comme des vagues noires et blanches qui ondulent.
- Magnifique !
- Quand il va au théâtre, le poulpe commence par prendre la couleur de son siège, c’est sa façon de se sentir chez lui. Mais quand le spectacle commence, dans le noir, sa peau s’anime comme un écran, et elle va passer par le rouge, l’orange, elle va suivre des ondulations noires et blanches…
- C’est du spectacle vivant !
- Oui, le poulpe montre sur sa peau les émotions que nous gardons pour nous.

 

Épisode 2

- Pourquoi un poulpe ?
- C’est un animal qui aime être confiné.
- Ah oui ?
- Oui, le poulpe est heureux quand il peut se lover dans un endroit très étroit, très serré, très sombre. Quand il ne trouve pas de trou, il se cache dans une vieille boîte de conserve, ou bien dans une amphore romaine. Il ne sort que pour aller au théâtre, ou pour voir des amis.
- Moi, aimer le confinement, je n’y arrive pas.
- Ah oui mais attention ! Le poulpe aime le confinement volontaire, pas le confinement forcé. Dès qu’on essaie de l’enfermer, il s’échappe. C’est le cauchemar des aquariums.
- Il s’échappe ?
- Oui, tout le temps. C’est le roi de l’évasion. Par exemple, s’il y a un concert des Têtes raides, rien ne l’arrêtera.
- Et si on met un couvercle très lourd ?
- Il le soulève. Il se colle contre la paroi avec ses ventouses, et il déplace le couvercle. Et si ce couvercle est vraiment trop lourd, il va trouver autre chose. Par exemple s’enfuir par un tuyau, ou par une fente. Il peut se déformer et passer par des trous minuscules.
- Et si le spectacle est annulé ?
- Il passera par un trou de serrure pour voir des répétitions.

 

Épisode 3

- Pourquoi un poulpe ?
- Parce qu’avec le réchauffement climatique, le niveau de la mer monte.
- Et alors ?
- Alors on ne parle plus d’inondations classiques, on ne parle pas de la Vilaine qui déborde, on parle d’un monde entièrement recouvert par de l’eau salée. Et qui ira au théâtre si la salle est plongée dans l’eau ?
- Uniquement les gens qui savent nager.
- C’est ça, uniquement les gens qui savent nager, uniquement ceux qui savent respirer avec un tuba, et uniquement ceux qui aiment regarder un spectacle depuis la surface.
- On va perdre beaucoup de public.
- C’est évident. Donc il faut élargir, toucher d’autres sensibilités, et notamment les espèces qui peuvent regarder sous l’eau.
- Les poissons !
- Oui mais non. Ça ne tient pas en place, un poisson, et puis ça ne comprend rien, ça n’a aucune mémoire. On ne peut pas compter sur les poissons. Il nous faut des espèces intelligentes.
- Les dauphins ?
- Les dauphins sont très intelligents, mais ils ne tiennent pas en place, et ils sont très bruyants. J’ai peur que les compagnies refusent de jouer devant les dauphins. Ils crachent, ils crient…
- Alors quoi, le public du futur, ce ne sont que des poulpes ?
- J’en ai bien peur…

 

Épisode 4

- Pourquoi un poulpe ?
- Parce qu’on a déjà un bélier, un lion, un taureau, un poisson, un…
- Les signes du zodiaque.
- C’est ça.
- Douze signes mais pas celui du poulpe.
- Avoue que ça chiffonne : personne depuis des millénaires n’a cru bon de dessiner un poulpe parmi les étoiles.
- Pas de constellation du poulpe.
- Eh non. Alors que franchement quand tu regardes le ciel étoilé, tu pourrais facilement voir un poulpe. Il y a bien assez d’étoiles pour faire chaque ventouse des huit tentacules.
- C’est vrai. Et si on remplaçait le cancer par le poulpe, les horoscopes sonneraient autrement. Poulpe – Cœur : Enlacez tout ce qui passe. Affaires : Soyez malins, ce que vous avez donné d’un tentacule, reprenez-le de l’autre.
- Les tumeurs aussi seraient plus sympathiques : Cher monsieur, en un mot comme en cent, je n’irai pas par quatre chemins, je vais vous parler franchement, il vous reste un mois à vivre.
- Ouh !
- Vous avez un poulpe du poumon.
- Ah, ouf, je préfère ça, j’ai eu peur que ce soit le covid. Un mois, vous dites ? Avec un peu de chance je pourrai assister à la réouverture des théâtres. C’est mon poulpe du poumon qui va être content, il adore ça le théâtre. Pourvu qu’il tienne jusque-là.

 

Épisode 5

- Pourquoi un poulpe ?
- Parce que ça me met l’eau à la bouche.
- Quoi ? Tu veux manger du poulpe ? Mais c’est cruel !
- À la plancha, c’est délicieux.
- Mais c’est un animal sensible, le poulpe…
- Oui, sensible, et qui a bon goût !
- Il a une excellente vue.
- Avec un filet d’huile d’olive et du piment…
- Chacune de ses ventouses lui procure des sensations !
- Il faut bien le cuire sinon c’est un peu caoutchouteux.
- Chacun de ses tentacules est un cerveau indépendant.
- Une fois bouilli, tu découpes en petits tronçons que tu fais revenir dans un peu d’huile d’olive. Avec éventuellement un peu d’ail écrasé.
- Comment peut-on se résoudre à manger un animal aussi intelligent ?
- Avec un couteau et une fourchette.
- Tu te moques de moi ?
- Et des frites, à la limite.
- Mais, quand tu le manges, tu réalises tout ce qu’il a vécu, tu te rends compte qu’il a été traversé par des images, des émotions, et peut-être, même, des pensées ?
- Bien sûr. C’est ce que disait justement un jour un indien de la forêt amazonienne à un anthropologue français qui vivait parmi eux.
- Quoi ?
- Le problème avec la nourriture, c’est qu’elle est pleine d’âmes.

 

Épisode 6

- Pourquoi un poulpe ?
- Pour la spectaculaire beauté des nuages.
- Des nuages en forme de poulpe ?
- Non, ceux que le poulpe expulse dans la mer…
- Il crache ?
- Seulement quand il est attaqué. Ça lui prend du temps de fabriquer cette belle encre d’un noir profond, alors il ne la gâche pas. Mais quand ça sort, c’est magnifique : de grands voiles sombres, des masses d’obscurité, apparition et disparition du paysage…
- Le poulpe se cache dans le nuage ?
- Non, il est déjà parti. Le nuage est un brouillage, il sert à masquer sa fuite. L’agresseur reste seul devant ces images mouvantes, avec le goût de l’encre dans la bouche. Comme une brume qui se lève peu à peu et découvre la campagne, l’encre du poulpe se dilue doucement dans l’océan, le fond marin réapparaît. Le prédateur reste seul.
- C’est qui le prédateur ? Une murène ?
- Ou un humain. Songeur.
- Qu’est-ce qu’il se dit, l’humain, seul devant ce nuage d’encre ?
- Il se dit que l’avenir au temps du virus est comme un paysage sous-marin après le passage d’un poulpe : brouillé, flouté, obscurci. Mais qu’avec le temps tout finira par s’éclaircir.
- Eh bien, il t’inspire, ce poulpe !
- Un animal qui contient de l’encre, c’est parfait pour un auteur.

 

Épisode 7

- Tout de même, une question traîne dans ma tête, et si j'osais...
- Mais allez-y, je vous en prie.
- Eh bien, vous qui êtes un poulpe, avez-vous connu Paul ?
- Qui ?
- Paul, votre fameux congénère.
- Vous pouvez être plus précis ? Je connais au moins déjà trois ou quatre Paul entre Arzal et Pénestin.
- Mais Paul le poulpe, voyons !
- Oui merci, c'est comme si je vous disais « Jacques l'humain ».
- Pardon, Paul, celui qui a prédit avec exactitude le résultat de tous les matches de l'équipe d'Allemagne pendant la coupe du monde de football 2010 en ouvrant de ses tentacules une boîte aux couleurs de l'équipe gagnante !
- Ah, Paul. Quelle histoire.
- Comment ça ? C'était truqué ?
- Comment voulez-vous truquer une prédiction ? Non, Paul était tout simplement le plus grand analyste footballistique qu'on n'ait jamais eu chez nous les poulpes.
- Vous aimez le football, vous les poulpes ?
- Bien sûr. Bien qu'avec huit bras on soit encore plus doués au tennis.
- Je pensais que vous étiez fous de théâtre.
- Rien d'incompatible, cher ami. Paul est également connu pour sa remarquable analyse des mutations contemporaines de la scène subaquatique. « Théâtre en tentacules », c'était le titre de l'ouvrage. Vous avez lu ?
- Euh…
- Vous devriez. On y trouve notamment un passionnant recensement des pratiques théâtrales dans le canal redonnais.
- Au Canal, vous voulez dire.
- Non, sous la Vilaine. Mais je vous en parlerai prochainement.

 

Épisode 8

- Sur vos conseils, je me suis donc plongé cette semaine dans « Théâtre en tentacules ».
- Heureux de l’apprendre !
- C’est une claque. Je n’aurais jamais soupçonné une telle activité théâtrale sous la surface opaque du canal redonnais. Des répétitions sous l’écluse, des représentations à fleur de vase, des ateliers d’élocution pour les carpes dès leur plus jeune âge, j’ai même lu qu’il y avait une compagnie nationalement reconnue, je ne sais plus le nom, les…
- Dramatiques Ragondins.
- Voilà, c’est ça.
- C’est une institution dans le canal, beaucoup de nos vieux acteurs sont passés par là.
- C’est formidable ce qu’ils font, toutes ces galeries sous les berges...
- Oui, ce sont les inventeurs du théâtre tunnel, des spectacles de quatre, cinq, parfois six heures, où le public nage dans des galeries interminables à la recherche de la sortie.
- Ah, vous ne semblez pas trop les apprécier ?
- De vous à moi, les acteurs qui sont passés par les Dramatiques Ragondins me fatiguent. Et que je sors mes grandes dents oranges à la moindre réplique, et que je me lustre le poil toutes les cinq minutes… quelle suffisance !
- Mais vous, les poulpes, vous n’avez pas de grands acteurs ?
- Ah, nous y voilà. That is the question.

 

Épisode 9

- Vous me narrâtes la fois dernière la trépidante vie théâtrale qui s’agite sous le canal redonnais. Nous apprîmes que les ragondins, bien que responsables de spectacles interminables, étaient les grands acteurs du monde vaseux.
- Hélas. Mais savez-vous que nous, les poulpes, avant cette hégémonie ragondine, étions les maîtres du jeu ?
- Vous donniez également dans le théâtre tunnel ?
- Bien au contraire, nous étions les spécialistes de la forme brève. Car si les ragondins ont leur dentition pour tunneliser les représentations, nous avons nos tentacules pour les abréger.
- Comment ça ?
- Huit tentacules, je vous rappelle. Nous jouons Hamlet en trois minutes.
- Je ne…
- Regardez. (Le poulpe donne à l'un de ses tentacules la forme d'un visage)
- Oh ! Formidable ! C'est Hamlet ?
- Et attendez (le poulpe donne à un autre tentacule la forme d'un crâne et déclame) : Alas ! Poor Yorick !
- La scène du crâne de Yorick, magnifique !
- Et ainsi de suite. Nous pouvons incarner huit personnages simultanément, et donc ramasser plusieurs scènes en une seule.
- Et pour les répliques ?
- Coupes sévères et audacieux condensés.
- Ça doit pas être simple de tout saisir...
- C'est notre talon d'Achille : le public n'a pas le temps de s'ennuyer mais il ne comprend rien. (Il soupire).

 

Épisode 10

- Pourquoi un poulpe ?
- C’est un animal intelligent.
- C’est quoi un animal intelligent ?
- Ça dépend. L’homme cherche une intelligence qui lui ressemble. Par exemple une capacité d’apprentissage.
- Le poulpe peut apprendre ?
- Oui. Et utiliser un outil. Très peu d’animaux savent utiliser un outil : certains singes, quelques corbeaux, les dauphins. C’est tout. Le poulpe est un mollusque, comme les escargots. Un invertébré. Qu’il puisse utiliser un outil ou jouer, c’est une révolution dans la compréhension de l’évolution.
- Magnifique.
- Mais l’intelligence est relative.
- Qu’est-ce que tu veux dire ?
- On considère intelligents les animaux qui nous ressemblent, qui savent bricoler ou jouer. Mais d’autres intelligences nous sont inconnues. Par exemple savoir voler en groupe : les étourneaux, les oies, les sardines ou les calamars possèdent ce don. Et nous, non.
- Ça rend humble : il faut respecter les formes de vie qui nous échappent.
- C’est ça. Au théâtre, quand je m’ennuie et que mon voisin s’éclate, c’est insupportable, et pourtant c’est comme ça.
- C’est une intelligence.
- Oui. Le spectateur est une forme de vie, et son intelligence peut tenir du calamar ou de l’étourneau, du dauphin ou du bonobo.


Épisode 11

- Pourquoi un poulpe ?
- Pour son côté queer.
- Le poulpe est queer ?
- Oui, puisqu’il est aussi pieuvre.
- Ah. Le poulpe est le mâle de la pieuvre.
- Non, ça ne serait pas queer. Le poulpe est la pieuvre. La pieuvre est le poulpe. C’est le même animal.
- Pourquoi deux noms ?
- C’est à cause de Victor Hugo. Dans son roman Les Travailleurs de la mer, il introduit le poulpe comme une créature effrayante, et il l’appelle « la pieuvre ».
- Donc quand tu attrapes un poulpe, tu attrapes une pieuvre, mais tu ne sais pas si c’est un mâle ou une femelle. Mais lui, elle sait ?
- Oui ! Le poulpe est mâle ou femelle. Il n’est pas hermaphrodite, contrairement à ses cousins les escargots, ou ses voisins les mérous.
- D’accord. Et le calamar c’est aussi la même bête ?
- Non, le calmar c’est une autre espèce.
- Le calamar.
- Le calmar.
- Non ! Calamar, avec 3 A.
- J’ai un doute. Vérifions : on peut dire les deux. Bref, le calmar, ou calamar, c’est une autre espèce, qui nage en pleine eau, alors que le poulpe, ou la pieuvre, reste au fond.
- Ah, donc le calamar est une seiche.
- Encore raté. La seiche est un troisième animal, un peu différent. En Bretagne on l’appelle morgate ou margate.
- Pas simple. Ça nous fait 6 ou 7 noms pour 3 animaux !


Épisode 12

- Pourquoi un poulpe ?
- Parce qu’un siphon.
- Ainsi font font font, les petites marionnettes ?
- Non, un siphon propulseur.
- Un siphon fon fon propulseur ? C’est un ustensile de cuisine ?
- Non, un des muscles du poulpe. Caché parmi les tentacules, c’est une espèce de super réacteur qui lui permet de partir d’un coup, très vite.
- Et ça marche au kérosène ?
- Non, plutôt à l’eau et à l’encre. C’est par là que le poulpe respire, et qu’il crache. Quand il veut s’enfuir, il contracte très fort, expulse un jet puissant qui le propulse en arrière.
- Et ça ressemble à quoi ?
- Un gros tube en caoutchouc, tout droit, dans lequel on pourrait glisser un doigt.
- Et si on glissait un doigt, ça ferait une marionnette ?
- Ce serait très malpoli.
- Ah.
- C’est curieux, le poulpe est un animal difforme, étrange, alors il y a toujours cette idée, vivant ou mort, de s’en servir comme d’un jouet, d’y mettre les doigts, de se le mettre sur la tête…
- Oui, comme une perruque, j’ai déjà vu ça. Pierre Desproges, non ?
- Entre autres… Les poulpistes sont nombreux. Mais quel manque de respect !
- Mais c’est amusant !
- Non, vraiment… Je crois qu’il faut qu’on arrête de porter des poulpes sur la tête.

 

Épisode 13

- Pourquoi un poulpe ?
- Pour la beauté de la mémoire.
- Tu veux écrire les mémoires d’un poulpe ?
- Ce serait utile. Les poulpes ont un problème : ils ne transmettent pas ce qu’ils ont appris. Ils sont très intelligents, ils apprennent toute leur vie, mais ils ne transmettent rien. Les techniques de chasse, les meilleurs abris, les spectacles à ne surtout pas rater : tout est perdu quand un poulpe meurt.
- Qu’est-ce qui se passe ? Ses enfants ne lui posent pas de questions ?
- C’est tragique. Le père est absent. La mère, elle, dépense toute son énergie pour protéger les œufs qu’elle a pondus dans sa grotte.
- Elle les protège des prédateurs ?
- Oui, mais pas seulement : elle ventile, elle remue les grappes d’œufs, elle veille, elle surveille. Entièrement dévouée, elle en oublie de se nourrir. Quand les œufs vont éclore, elle sera morte.
- Ils naîtront orphelins.
- Voilà. Et devront tout apprendre à nouveau, tout comprendre du monde qui s’offre à eux.
- C’est triste !
- Oui : pour nous la mémoire est intime et collective, elle est faite de ce que nous avons vécu, mais aussi de tout ce qui nous est transmis par nos parents, ou par la communauté. Le poulpe, lui, est autodidacte, et sa mémoire est solitaire.

 

Épisode 14

- Pourquoi un poulpe ?
- Pourquoi un poulpe, pourquoi un poulpe ? Vous n’avez que ça à la bouche, mon pauvre ami ! J’ai tout de même fourni un petit paquet de réponses depuis quelques semaines.
- C’est que... j’y pense toujours.
- Comment ça ?
- Eh bien dès que je marche dans Redon, que j’ouvre un magazine, et que je tombe nez à nez avec ce poulpe, je... (il se trouble)
- Eh bien quoi ?
- Ses deux trous blancs vides à la place des yeux, c’est… c’est… comme un trou noir.
- Deux trous noirs alors.
- Oui c’est ça, ces deux trous blancs c’est deux trous noirs. Qui attirent et aspirent mon regard, m’hypnotisent au point que parfois j’en vacille. Tenez, pas plus tard qu’hier, il m’est arrivé de choir dans le caniveau étourdi par le regard du poulpe en vitrine.
- Celle du poissonnier ?
- Non, du boucher. Quand vous croisez le regard de ce poulpe aux orbites creuses, entre une côte d’agneau et une tête de porc, je vous assure, ça fait quelque chose, c’est l’évolution entière qui vous saute au visage.
- Ces têtes de porc aux yeux fermés avec une pomme dans le groin ?
- C’est ça.
- Je vois. Évanoui masqué dans le caniveau redonnais sous les yeux vides du poulpe et clos du cochon. Triste position.
- Hélas, vous la décrivez bien.
- Quoi ?
- Ma chute.

 

Épisode 15

- Pourquoi un poulpe ?
- Pour la beauté de la fiction.
- Les poulpes écrivent des fictions ?
- On ne sait pas. On en sait peu sur l’étendue de l’imagination chez les animaux. Il semblerait que la fiction, ou l’imaginaire, soient des inventions purement humaines.
- Pourtant, on parle de poulpe fiction.
- C’est vrai. Les poulpes fictions forment un genre de récits très singulier. La poulpe fiction est en générale effrayante, visqueuse, tentaculaire. Dans la poulpe fiction, on croit attraper quelque chose et puis tout s’enfuit, tout nous échappe, ça glisse. Et à la fin il y a Bruce Willis.
- Vous faites des jeux de mots douteux aussi vite que le poulpe fait sa bulle.
- Vous délirez, le poulpe ne fait pas de bulle. Ce n’est pas un auteur de BD… Ce qui lui plaît, c’est plutôt le théâtre, le changement de costume, la métamorphose.
- Et en période de couvre-feu ?
- Le poulpe s’ennuie, alors il écrit des pièces, dans sa tête. Des histoires d’amour où l’on s’enlace sauvagement, où l’on se touche tant qu’on peut, en se plaquant l’un contre l’autre comme des mollusques baveux.
- Oh ! Les contacts et le théâtre me manquent tellement ! Je veux vivre avec Bruce dans une poulpe fiction !

 

Épisode 16

- Hop ! Et vous voilà pulpe.
- Vous m’ôtez l’o ?
- Eh oui mon ami, le réchauffement climatique s’accélère. Ajoutez à cela l’inexorable printemps et voilà la mer qui s’évapore plus vite. Et vous les poulpes en subissez les conséquences.
- (Il se regarde les tentacules) On s’assèche.
- Voilà.
- Si je n’ai plus d’o je deviens pulpe.
- Et vous changez de genre : le poulpe, la pulpe.
- Pourquoi pas. Mais il manque mon complément.
- Comment cela ?
- On est toujours la pulpe de quelque chose.
- Eh bien naturellement, vous êtes la pulpe de poulpe, ce qu’il reste du poulpe quand on lui enlève son o.
- Et vous comptez m’enlever d’autres lettres ?
- Bien sûr, puisque nous devrons bientôt nous quitter. Je vais vous ôter vos lettres les unes après les autres jusqu’à vous réduire à néant.
- Mais c’est inique ! Lettres ou le néant, vous ne me laissez pas le choix !
- Croyez bien que je n’y suis pour rien, je ne fais qu’accomplir ma mission, je n’ai rien de personnel contre vous et nous avons passé ensemble de bons moments. Je vous regretterai, soyez-en sûr.
- Quelle mission ?
- Vous faire exister le temps d’un hiver sans théâtre.
- Mais je veux voir le printemps !
- Hélas mon ami, vous êtes de papier, vos jours sont comptés.

 

Épisode 17

 

- Qu’allez-vous m’ôter aujourd’hui ? J’étais poulpe me voici pulpe, de pulpe à quoi vais-je passer ? Je le vois dans vos yeux, vous allez de nouveau m’amputer, au secours !
- Allons, rien ne sert de s’égosiller.
- Je vais broyer votre petite tête d’auteur dans mes tentacules, je vais vous...
- du calme, vous dis-je, il n’y a rien à faire, je suis votre auteur et je ne fais que répondre à une demande du Canal. Vous deviez exister vingt semaines, nous en sommes à la dix-septième, et je dois lettre après lettre vous faire disparaître.
- Ô rage ! Ô désespoir ! Ô Canal ennemi !
- C’est ainsi, c’est écrit.
- Rien n’est écrit !
- Hélas si, pauvre pupe.
- Hein ?
- J’ai ôté votre l.
- Merci j’ai vu. (Temps) Pupe ? Vous êtes peut-être mon auteur mais vous n’avez pas honte du ridicule. De poulpe à pulpe, avec l’o en moins il y avait quelque chose de pensé, mais là…
- Quoi ?
- Si j’étais vous, je trouverais une autre manière de me faire disparaître, parce qu’après pupe, ce sera quoi ? Ppe ? Poulpe pour l’emploi ? Upe, Union des poulpes épuisés ?
- Vous disparaîtrez malgré vos sarcasmes.
- C’est ce qu’on va voir, je n’ai pas craché mon dernier mot.

 

 

Épisode 18

 

- Bien le bonjour monsieur l’ateur !
- Pardon ?
- Vous m’ôtez mes lettres, la semaine dernière vous avez fait de moi un pupe. Eh bien, œil pour œil, tentacule pour tentacule, monsieur l’érivain.
- Vous croyez que ça marche ainsi ? Que vous pouvez également me faire disparaître en effaçant mes lettres ?
- Absolument.
- Mais c’est moi l’auteur, c’est moi qui trace les lettres, vous ne faites que cracher des nuages d’encre. Je cisèle des caractères, vous troublez l’océan.
- Ah, je l’attendais, celle-là… « c’est pas parce que vous crachez de l’encre que vous êtes un auteur »… on me l’a dit je ne sais combien de fois. Mais il ne s’agit pas de ça, mon pauvre ami.
- Ah ?
- Vous croyez me tenir en votre pouvoir mais nous sommes liés, à la vie à la mort.
- Comment cela ?
- Si je disparais, vous disparaissez avec moi.
- Un écrivain ne dépend pas du personnage qu’il crée !
- En temps normal peut-être, mais nous sommes ici noués par la commande du Canal : vous existez comme personnage d’auteur tant que j’existe comme personnage de poulpe. Dans deux épisodes vous disparaîtrez avec moi, rideau le poulpe et rideau l’auteur.
(Le poulpe sourit, l’auteur ouvre la bouche mais rien n’en sort.)

 

Épisode 19

- Alors qu’avril défile, nous voici déjà rendus à l’avant-dernier épisode.
- Le dix-neuvième.
- Nous avions commencé confinés, finirons-nous cons ? Car avec le temps, je m’en aperçois, confiner c’est le verbe finir con.
- Allons, laissons là l’étymologie.
- Soit. Quoi qu’il en soit nous devrons bientôt nous quitter, monsieur l’auteur.
- Dites-moi, si je suis un personnage d’auteur et vous un personnage de poulpe, il y a bien quelqu’un qui nous a faits tels ?
- Sans aucun doute.
- Un auteur de chair et d’os.
- Sans aucun doute.
(Silence)
- Dites, vous savez qui c’est ? Je vois poindre un sourire derrière votre air de céphalopode faussement apathique.
- Eh, vous commencez à bien me connaître. Disons que j’ai ma petite idée.
(Silence)
- Et vous ne voulez rien me dire ?
- Donnant donnant. Je suis sûr que vous savez quelque chose aussi, humain dissimulateur que vous êtes.
- En effet. Donnant donnant, d’accord. Le prénom de notre auteur commence par un A.
- Oui ! Et son nom par un K.
- Ah non, un F.
- Non, K.
- Pardon, j’en suis sûr, les initiales de notre auteur c’est A.F.
- J’en suis sûr aussi, c’est A.K.
(Silence)
- Serait-il possible qu’ils soient deux ?
- Et que nous ne sachions chacun qu’un seul des deux noms ?
- Ah, les gros malins.
- Eh !
- Quoi ?
- Les voilà, là-bas, je les vois.

 

Épisode 20

- A.F. : Les deux auteurs des épisodes du poulpe arrivent face à leurs personnages, le poulpe et son acolyte humain.
- A.K. : Ils s’arrêtent face à eux, les regardent intensément. Le poulpe se fige en étoile tous tentacules déployés, les yeux exorbités,
- A.F. : l’homme aussi, mais c’est moins impressionnant.
- A.K. : Et soudainement, les voilà qui se volatilisent sans bruit dans le ciel redonnais.
- A.F. : À leur place, deux petits tas de lettres fumant face au canal.
- A.K. : On entend le vent dans les chênes, une mobylette au loin...
- A.F. : Et voilà.
- A.K. : C’est fini.
- A.F. : Ça fait toujours quelque chose, tout de même, de pulvériser des personnages
- A.K. : qu’on a tant aimés.
- A.F. : Mais c’est la vie des auteurs
- A.K. : abandonner à la fin leurs créatures.
- A.F. : Avons-nous fini notre mission ?
- A.K. : Eh bien oui, nous avons écrit vingt épisodes avec comme consignes : 1200 signes et mettre un poulpe dedans.
- A.F : Toutefois, il nous reste la dernière mission, Alexandre.
- A.K. : Je t’en prie, Alexis.
- A.F. : Donc tu es Alexandre Koutchevsky.
- A.K. : Et toi Alexis Fichet.
- A.F. : C’est nous deux qui avons écrit les épisodes de :
- A.K. : Pourquoi un poulpe ?

 

FIN

Affiches Poulpe

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